Fou rire terminé, on reprend notre sérieux. Je me sens bien d'avoir dit à Fred ce qu'il représentait pour moi. J'ai le coeur légé, je fredonne une chanson populaire en nettoyant les tables abandonnées par les premiers clients. D'autres commencent déjà à arriver, et j'ai décidé de rester aider Fred pour la soirée. Vu que le russe n'est toujours pas mon point fort, il prend les commandes et moi je sers. Les heures défilent et la soirée avance. Les clients sont, pour la plupart, des parents. Vers 11h, ils quittent presque tous en même temps le bar. Je reste interloquée devant cette surprenante situation. Je pose un regard interrogateur sur Fred qui, lui, ne semble pas déranger. Voyant que je le regarde avec insistance il finit par lâcher :
- Tu n'as pas entendu ce qu'ils disaient ?
- Bah non, t'as bien vu que j'parlais pas russe!
- Ah Oui, excuse moi ça m'était sortie de la tête ...
- Donc ?
- Donc quoi ?
- Bah de quoi ils parlaient !? Olala mais t'es à l'Ouest toi!
- Désolé c'est la fatigue, j'te rappel que moi j'ai pas dormi jusqu'à 15h cet après midi ! Ils parlaient du groupe dont on parlait tout à l'heure. Aparamant c'était ce soir le concert, et pas très loin d'ici. Du coup la plupart des parents ont attendu la fin du concert en prenant un café dans les environs.
- Ah d'accord. Tiens si t'es fatigué t'as qu'à te reposer sur le canapé du fond, vu qu'ils sont tous partie je ne pense pas qu'on aura beaucoup d'autres clients et au pire, je m'en occuperai.
- Merci c'est gentil, mais ne t'inquiète pas, ça va aller.
On s'installe à notre table habituelle. On commence à parler de tout et de rien, mais pour Fred, le coeur n'y est pas. Il a de grosses cernes sous les yeux et ses paupières se ferment toutes seules. Je le regarde avec l'air du " je te l'avais dis "... Il sourit et se lève finalement pour aller s'étendre de tout son long sur le canapé du fond. Je regarde le vieux coucou : 11h15 seulement. Déjà je l'entend ronfler. Il devait juste se "reposer" et le voilà qui dort comme un loir ! Il en avait bien besoin.
C'est alors que j'entend la porte du café se refermer doucement. Je me retourne, surprise de n'avoir rien entendu plus tôt. Derrière moi se tiennent 4 jeunes garçons plus vieux que moi. Le premier a les cheveux courts, chatains blonds. Il semble assez réservé, il n'est pas très grand. Ses yeux d'un brun profond sont cachés sous la visière de sa casquette. Je le trouve plutôt mignon. Il contemple Frederic, affalé sur le canapé, d'un air rieur. Le second garçon porte une capuche, de larges lunettes de soleil qui lui dévorent la moitié du visage et des vêtements noirs. Il est très grand, très mince aussi dans son jean droit. Il semble fragile mais son attitude affiche une certaine détermination. La seule partie visible de son visage est sa bouche, qu'il a sensuelle et pulpeuse. De longues mêches noires, blondes par endroit, s'échappent de sa capuche et viennent tomber sur ses frêles épaules. Il se tient un peu à l'écart et n'ose pas sourire ouvertement à la vue du spectacle inattendu qui s'offre à lui. Il émane de son être un mystère et un magnétisme laissant difficilement indifférent. Le troisième garçon est un peu moins grand mais à un large torse musclé. Des cheveux châtains foncés et parfaitement lisses encadrent son visage, cachant en partie ses incroyables yeux aux couleurs indéfinissables. C'est le seul qui ne se cache pas derrière un quelconque accessoire. Il dégage de lui une impression de flegme et de calme insoupçonnée. Il considère la scène et, patiemment, attend la réaction des autres. Le dernier garçon, lui, ressemble plus au second, caché derrière ses lunettes sombres et la casquette qu'il porte sous sa capuche. On ne voit également que sa bouche, si semblable à celle du second jeune homme, mais piercée au côté gauche, ce qui la rend encore plus sensuelle. Il se différencie également de lui par ses vêtements dix fois trop grands. Son large tee-shirt lui tombe presque aux genoux, et son baggy, loin de commencer plus haut, retombe en nombreux plis sur ses baskets blanches. Contrairement aux trois autres, il aparaît comme plein d'assurance et de confiance en lui, un sourire charmeur et ironique accroché aux lèvres. Il tourne la tête vers Fred, sourit, puis je sens son regard se poser sur moi.
Bizarrement, je ne suis pas à l'aise devant ces quatre visiteurs inattendus. Je me lève, pose un dernier regard sur un Frederic toujours endormi, et invite les arrivant à s'asseoir. Ils choisissent une table entre celle ou j'étais assise et celle derrière laquelle dort Fred. Je vois qu'ils essaient de ne pas faire trop de bruit pour ne pas le réveiller. Des clients qui ont peur de déranger un barman endormi, si ce n'est pas un comble ! Au bout de quelques minutes à chuchoter entre eux ils me font signe de venir les rejoindre, et me demandent en anglais de leur apporter un café chacun. Je remarque qu'ils ont l'air eux aussi fatigués, et qu'eux non plus ne doivent pas être russes puisqu'ils ont commandé en anglais. Cela me rassure, car je n'ai toujours pas un seul mot russe dans mon vocabulaire. Je les sert et retourne derrière le comptoir, surveillant Frederic du coin de l'oeil. Je prend le temps de mieux détailler les quatres garçons. Ils ont l'air un peu ridicul vu d'ici. Entre l'étonnante maigreur de l'un, les vêtements trop large de l'autres, les cheveux longs et lissés d'un troisième, seul le quatrième semble "normal".
C'est alors que j'entendit distinctement Frederic grogner, puis gémir. Il s'agitait beaucoup, murmurait des paroles inaudibles dans son sommeil. Je rougis, gênée de l'avoir laissé ainsi aux yeux des quatre clients qui me lancent des regards inquiets. Je secoue doucement Frederic : " Fred! Fred réveille toi on a du monde!" Je me rend alors compte qu'il transpire, qu'il est brûlant. Il a dû attrapper quelque chose avec tout le monde qui circule par ici. Il s'agite de plus en plus, il se débat presque entre mes bras, puis soudain s'arrête. Il est secoué de petits tremblements, je ne comprend pas ce qui se passe. Je vis des larmes perler aux coin de ses yeux. Déconcertée, je jette un regard désespéré aux quatres clients. Ils se sont levés et s'approchent de moi.
- Ne t'inquiètes pas pour lui, Tom et moi avons connu ça il y a quelques années. Quand il se réveillera, il ne se souviendra pas de son cauchemar. Il doit être malheureux à cause d'une situation qui le touche et envisage le pire, c'est pour cela qu'il pleure. Ca n'est sûrement pas la première fois que ça arrive, et c'est possible que ça continue jusqu'à ce que le problème qui le tourmente soit réglé"
Le second garçon avait laissé ses lunettes sur la table du café. Quand j'entendis sa voix, je relevais la tête et croisa son regard. Ses yeux étaient d'un beau brun qu'assombrissait le trait de crayon noir qui soulignait son regard. Il était parfaitement maquillé, de l'ombre à paupière noire donnant à ses yeux des dimensions fabuleuses. J'écoutais attentivement ce qu'il disait sans pouvoir me détacher de son regard. Même quand il eût finis, je ne pu en détacher mes yeux. Puis l'idée que Frederic était encore inconscient dans mes bras me frappa en quelques secondes, et je repportais toute mon attention sur lui. Je l'installa plus confortablement alla chercher un oreiller et une couverture, pour qu'il n'attrappe pas froid. Son cauchemar devait sûrement être à propos de sa mère. Une fois que j'eû finis de m'occuper de Fred, qui avait retrouver un sommeil normal sans pour autant s'être réveillé, je m'assis à une table et le regarda dormir. 00h00. Il n'était pourtant pas près de se rêveiller... Le second garçon, celui qui avait pris la paroles tout à l'heure, me fit signe de rejoindre son groupe, à la table où ils s'étaient tous rassis. Je m'assayais et entamais la conversation:
- Je suis désolé de vous avoir imposé ça, c'est la première fois que je le vois faire ce genre de crise, je ne suis pas ici depuis longtemps ..
- Je t'ai dis de ne pas t'inquiéter, ce n'est rien de grave ! dit avec un sourire le second garçon.
Je rougis :
- Oui je sais ... Merci de m'avoir dit ce qu'il avait. Vous vous appelez comment ? Vous vous y connaissez beaucoup en rêve et autres trucs du genre ?
- Non, c'est juste que Tom et Moi vivions cela étant petit, je te l'ai également déjà dis! Moi c'est Bill, et Tom c'est lui, dit-il en montrant du doigt le jeune homme au piercing. Je te présente Gustav, et Georg.
- Hum, enchantée.
- Tu n'as pas encore entendu parler de nous ? me demanda Georg.
Là, je souris franchement.
- Nan, pourquoi, j'aurai dû ?
- Bah on forme un groupe de rock, et tout le monde parle de nous en ce moment. Tokio Hotel ça ne te dis rien ? demanda Tom avec son sourire ironique.
- Non "Tokio Hotel" ça ne me dit rien, mais groupe de rock, si ! C'est vous qui avez joué pas loin d'ici ce soir ?
- Oui ... T'as dû remarquer aussi les filles devant l'hôtel hier ? lança Bill avec un soupir.
- Un peu que je les ai remarqué, c'est limite si elles ne bouchaient pas la circulation !
- Bah c'était nos fans, continua Gustav tout fier.
- Okay, okay. Donc je pense que je vous ai aperçu quand vous sortiez par derrière. C'était d'ailleurs pas très gentil pour elles ...
- Essaie un peu de faire les boutiques en étant suivis par 100 jeunes filles en fleur, tu verras que les sorties de secour deviendront vite tes meilleures amies ! me répondit Bill du tac au tac.
Je pouffe de rire.
- N'importe quoi ... C'est pour ça que vous avez ce genre d'accoutrement bizarre ? dis-je en désignant les tenues de Bill et de Tom, les lunettes sur la table et la casquette de Gustav (oui j'ai 3 bras).
- Non, à par les lunettes et les capuches, on s'habille naturellement comme ça.
Bill avait dit cela avec une pointe de défi dans la voix, plongeant une foi de plus son irrésistible regard dans le mien.Là je ne savais plus du tout où me mettre.
- Nan mais je disais ça dans le sens, c'est pas habituel ! Mais ça vous va bien, c'est votre style et c'est cool que vous vous démarquiez des autres comme ça!"
Les deux frères parurent satisfaits de ma réponse et échangèrent un regard indéchiffrable. Tom pris alors la paroles :
- Depuis qu'on est tout petit de toute façon, on est critiqué, avec le temps ça ne nous fait plus rien, on sait qui on est et nous n'avons pas besoin des autres."
Je le dévisageai alors, la ressemblance avec Bill était frappante, bien que leur style soit complètement différent. Il remarqua mon regard :
- Oui, nous sommes frères jumeaux. me dit Bill en souriant à son frère.
- Ah d'accord... ^^ Vous restez longtemps à Moscou ? Vous venez d'où exactement ?
- On reste pendant les deux mois à venir. On est tous allemands et toi ?
- Je suis française.
- Bill et Tom aiment beaucoup les françaises ! lâcha Georg en rigolant.
Je ris avec lui, je ne pouvais faire que ça de doute façon.
- Georg dis ça parce qu'on est les seuls du groupe à avoir eu des petites copines françaises ... expliqua Bill un peu gêné. Tom, lui me regarda avec insistance. Quelque chose m'échappait et je n'aimais pas ça. Les membres du groupes s'échangèrent quelques regard et se levèrent presque tous en même temps.
- Bon, on y va! Bonne soirée euh ...
- Lucie.
- Oui voilà, bonne soirée Lucie! A la prochaine !
Je restais assise, toute seule dans le bar, abasourdie. En quelques seconde ils étaient sorties, me laissant seule, enfin pas tout à fait, Fred était là. Mais il dormait toujours. Je lui déposais un bisou sur la joue, remontait sa couverture sur ses épaules, ferma le bar, et rentra chez moi. Sur le chemin je n'arrêtais pas de ressasser ma conversation avec ce groupe dont j'avais déjà oublié le nom. Et puis ce Bill, ses yeux. Son frère. Il m'intriguais vraiment. Heureusement, je ne risquais pas de les revoir. Quoi que ? Leur hôtel est juste en face du bar. Dans deux mois ils seraient partis, mais là ça ne doit pas faire comme pour Fred, c'est pas le moment que je m'attache. Mais j'ai en même temps tellement envie de les revoir.
De Le revoir ...